COMPTE RENDU TABLE LITTERAIRE 13 JUIN 2015

Lectures estivales
mercredi 24 juin 2015
par  Le webmestre
popularité : 43%

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Le best-seller de la rentrée littéraire

Olivier LARIZZA

Andersen & Co 2014

Proposé par Milan

Ce livre en 10 chapitres très drôles, peuplé de personnages d’anthologie, est une satire des mœurs littéraires françaises. Octave Carezza, écrivain de 37 ans a abandonné son métier de professeur de Lettres ; il rêve d’écrire un best-seller et de rencontrer l’amour. Mais son chemin est pavé de déboires en tous genres avec ses éditeurs, ses confrères dans les salons du livre, ses lectrices, les critiques, les liseuses numériques…

Milan recommande ce livre très drôle et qui recèle une habileté à jouer avec les mots et les expressions.


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Le liseur de 6h27

Jean-Paul DIDIERLAURENT

Au Diable Vauvert 2014

Proposé par Milan et Claire

Guylain Vignolles (on imagine sans peine Vilain Guignol), employé obscur à l’existence maussade, travaille au pilon et broie des livres. Il déteste ce travail parce qu’il aime les livres. Tous les soirs, il vole les feuillets sauvés des dents de fer de la machine qu’il lit le lendemain à haute voix dans le RER de 6h27 où il rencontre beaucoup de succès. Jusqu’à ce qu’il trouve, dans ce même RER, une clé USB contenant un manuscrit qui va changer sa vie. Il se fait le représentant d’une transition entre le livre et la clé USB, le support papier et le numérique, qui finira par lui faire connaître l’amour. Ce conte moderne est fait de légèreté et de poésie qui réconforte en des temps de crises économique et identitaire.

Claire et Milan ont tous deux lu et aimé ce même livre qu’ils conseillent.


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L’âne et l’abeille

Gilles LAPOUGE

Albin Michel 2014

Proposé par Marylène

Certains poèmes nous poursuivent toute la vie. En particulier les « récitations » de l’enfance, associées à des odeurs, des visages oubliés. Celle qui inspire ce livre revient de loin, du lycée Lamoricière d’Oran où Gilles Lapouge passa sa jeunesse. En 1933, son professeur lui fit apprendre le beau quatrain de Francis Jammes :

J’aime l’âne si doux

Marchant le long des houx.

Mystérieux, entêtant, l’âne qui « prend garde aux abeilles » a continué de cheminer avec lui. Cet attelage improbable entre l’insecte et l’équidé n’a cessé de l’intriguer. Il en tire aujourd’hui un essai au titre de fable qui mêle souvenirs, réflexions et digressions savantes.

Lapouge, l’écrivain voyageur, est un incroyable conteur. Il emmène son lecteur où il veut, qu’il lui donne des romans historiques ou qu’il l’instruise plaisamment sur les pirates, la géographie et, comme ici, la zoologie comparée.

Avant de fournir la matière d’innombrables études éthologiques, l’abeille a intéressé Platon et Virgile. L’âne quant à lui a intéressé Robert Louis Stevenson lorsqu’il voyagea dans les Cévennes, en 1878. L’âne est aussi un animal biblique. Jésus choisit d’entrer dans Jérusalem sur un ânon.

Dans « l’Âne et l’abeille », Lapouge navigue brillamment entre ces deux créatures incompatibles pour enfin parvenir à leur déceler un trait commun. Ils sont les rares animaux à frayer avec d’autres espèces, le premier avec le cheval, la seconde avec les fleurs.

Marylène recommande ce livre sans équivalent, léger et instructif à l’écriture séduisante et originale.


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Portrait d’un homme heureux : André Le Nôtre

Erik ORSENNA

Fayard 2000

Proposé par Karin

Ce court récit retrace la vie de Le Nôtre, jardinier de génie, créateur de magnifiques parcs et entre autres des jardins de Versailles. Au centre de cette évocation, deux interrogations : comment se construit le génie et pourquoi le Nôtre a-t-il été, jusqu’à la mort, protégé du Roi. Orsenna évoque la formation, la carrière et surtout les rencontres, les amitiés fortes qui se nouent au cours d’une vie. Et autour de Le Nôtre, nous découvrons des sculpteurs, architectes, peintres, artisans. Le jardinier du Roi fait un peu figure d’original. Homme simple, il ne recherche pas les honneurs, met un point d’honneur à réaliser les désirs de ses commanditaires dans les règles de l’art, innove, s’inspire des grands contemporains, améliore les techniques, revisite les règles de la perspective, bref ne vit que pour l’art. Lui qui s’entretient des heures avec Louis XIV, qui arpente les allées du château en discutant de la croissance de telle ou telle plante ou de la floraison des fruitiers ne tire aucun orgueil de cette proximité.

Karin a aimé ce touchant portrait.


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Anthologie de la poésie algérienne

Quand la nuit se brise

Dirigé et présenté par Abdelmadjid KAOUAH

Points 2012

Proposé par Karin

Abdelmadjid Kaouah, né en 1956 à Ain Taya, près d’Alger, est un écrivain, journaliste et poète algérien d’expression française.

Tantôt délicate, tantôt violente, la poésie algérienne de langue française a accompagné les douleurs et annoncé les orages historiques. Poésie de résistance et de transition, elle a maintenu sa vigueur au lendemain de l’Indépendance. Dans le sillage de Jean Amrouche, Kateb Yacine, Malek Haddad, Assia Djebbar ou Messaour Boulanouar, de nouvelles voix ont résonné.

Par-delà les générations, cette anthologie réunit les poètes connus ou à découvrir qui ont fait de la langue française l’outil d’un dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.

Karin recommande ce livre que l’on peut ouvrir au hasard et lire un poème.


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Le ravissement des innocents

Tayie SELASI

Gallimard 2014

Traduit de l’anglais (Ghana must go) par Sylvie Schneider

Proposé par Sabine

Un livre qui s’ouvre sans suspense par la mort d’un homme à la lisière de sa porte et de son jardin, frappé par une crise cardiaque. La première partie retrace les événements de la vie de ce médecin ghanéen qui a exercé aux Etats-Unis, un peu comme un raccourci de sa vie au seuil de la mort. « Né dans la poussière, mort dans l’herbe », une façon de dire qu’il a parcouru un chemin énorme.

La deuxième partie se concentre sur les quatre enfants devenus adultes prévenus par la mère de la mort du père, dont les parcours soudés dans l’enfance, ont divergé au point de ne plus se voir. Ils organisent leur venue au Ghana pour les obsèques de leur père. On sent un mystère planer autour des jumeaux.

Enfin la troisième partie qui se déroule au Ghana et qui réunit la famille pour la cérémonie : on sent que quelque chose pourrait peut-être recommencer, sans optimisme délirant toutefois.

La jeune auteure, née à Londres de parents nigérian et ghanéen, a fait ses études à Yale et à Oxford et vit à Rome. Elle est aussi photographe et musicienne. Elle est à l’origine du terme « Afropolitan » : elle ne se sent ni britannique, ni américaine, ni africaine ; marquée par la culture urbaine occidentale, elle se crée une identité propre, sans doute représentative de nombreux jeunes de sa génération.

Pour Sabine, un livre à la langue très riche.


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Les Suprêmes

Edward KELSEY MOORE

Actes Sud 2014

Traduit de l’anglais (US) (The Supremes at Earl’s All-You-Can-Eat) par Cloé Tralci avec Emmanuelle et Philippe Aronson

Proposé par Sabine

Odette, Barbara Jean et Clarice ont passé la cinquantaine, vivent dans l’Indiana et possèdent une sacrée énergie pour affronter le temps, les maris, les souvenirs et les douleurs. Adolescentes, on les surnommait déjà Les Suprêmes, en hommage aux chanteuses de Baby Love, Diana Ross en tête, célébrées dans ces années 1970. Le nom leur est resté.

Odette possède le caractère affirmé de sa mère, qui voulait être la première Noire à accoucher dans un hôpital public. Cette battante a pris l’habitude de se lever la nuit pour discuter avec ses fantômes dans la cuisine. Barbara Jean est restée la plus jolie femme du coin, celle qui attirait les garçons comme des mouches et choisit de se marier avec un vieil et riche entrepreneur. Quant à Clarice, elle est toujours avec ce coureur de Richmond, pour qui elle a sacrifié une carrière de pianiste.

Dans ce roman – son premier –, Edward Kelsey Moore, 53 ans, ne se contente pas d’enfiler les anecdotes entre filles. Grâce à des allers-retours dynamiques, il conte l’histoire de l’Amérique côté province, dans la petite ville de Plainview. Il évoque des phénomènes historiques : la ségrégation raciale, les années de libération hippie, la modernisation des quartiers noirs, l’ascenseur social pour les uns et la paupérisation pour les autres... Mais il n’oublie jamais ses héroïnes, qui luttent pour conserver un semblant de liberté individuelle. Chez Big Earl, le restaurant où les éternelles copines se retrouvent régulièrement, complices bienveillantes de leurs vies moyennes.

Sabine a trouvé les personnages attachants sur fond d’histoire des Etats-Unis.


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Le cœur du pélican
Cécile COULON
Viviane Hamy 2015

Proposé par Christiane

Anthime est un garçon ordinaire dans un lotissement ordinaire jusqu’à ce qu’il se découvre un don pour la course à pied. Courir lui permet de devenir un mythe dans sa famille, son quartier où il est surnommé le Pélican.
Il y a trois femmes sont dans sa vie. Joanna sa voisine qui l’idolâtre et qui finira par être sa femme. Héléna, sa sœur, qui le couve et reste sa protectrice et sa complice. Et Béatrice, une lycéenne qu’il voit comme la fille idéale. Lors d’une course qui devait le rendre célèbre, il chute devant des milliers de spectateurs.
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout abandonné, désormais bedonnant, et qu’il vit un amour médiocre avec Joanna, Anthime sort de sa torpeur lorsque ses anciens camarades de classe qu’il retrouve à l’enterrement de son ancien entraîneur, lui lancent un défi pour le remettre en selle. Le Pélican retrouvera-t-il en lui la force de redevenir un champion et évacuer son humiliation passée ?

Porté par une extrême émotion, Le Cœur du Pélican nous parle de la gloire et de sa fragilité, du sport et de sa souffrance. Il raconte le courage et la destinée à la fois banale et extraordinaire d’un homme qui réussit, connaît le succès, tombe et se relève. Cécile Coulon parvient formidablement à incarner ses personnages aux prises avec leurs désirs et aveuglés par les non-dits.

Christiane aime l’écriture de Cécile Coulon.


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Treize à table

Françoise BOURDIN,Maxime CHATTAM,Alexandra LAPIERRE,Agnès LEDIG,Gilles LEGARDINIER,Pierre LEMAITRE,Marc LEVY,Guillaume MUSSO,Jean-Marie PERIER,
Tatiana de ROSNAY,Eric-Emmanuel SCHMITT,Franck THILLIEZ,Bernard WERBER

Pocket 2014

Proposé par Claire
Il s’agit d’un recueil de 13 nouvelles inédites centrées autour d’un thème commun : un repas. Intrigues policières, réunions de famille qui dérapent, retrouvailles inattendues… Du noir, de la tendresse, de l’humour, de l’absurde, à chacun sa recette.
13 auteurs se sont mobilisés autour de ce projet dont les profits sont reversés aux Restos du coeur.
Pour Claire, une lecture d’été qui joint l’agréable à l’utile.


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Les filles de Hallows Farm

Angela HUTH

Quai Voltaire 1997 pour la traduction française

Traduit de l’anglais (Land girls) par Christiane Armandet et Anne Bruneau

Proposé par Arlette

Trois jeunes filles arrivent en octobre 1941 dans une ferme isolée du Dorset ; elles sont volontaires agricoles pour remplacer les hommes partis à la guerre.
Stella, douce et amoureuse de Philip, un enseigne de vaisseau parti à la guerre passe son temps libre à attendre ses lettres. Ag, diplômée de Cambridge, père universitaire, raisonnable, est vaguement amoureuse de Desmond, un garçon avec lequel elle a vaguement échangé 2 mots. Et enfin Prudence qui arrive de Manchester où sa mère tenait un salon de coiffure. Elle dispose d’une mallette de produits de beauté, vernis à ongles, rouges à lèvres et petits foulards de couleur. On comprend vite qu’elle est prête à séduire n’importe quel homme qui passerait à sa portée, en attendant d’épouser un millionnaire. Il y aussi le couple de fermiers John et Faith Lawrence et leur fils Joe réformé pour cause d’asthme. Et sa fiancée Janet, terne personnage qui participe à l’effort de guerre en travaillant dans une usine d’armement.

On suit pendant un an les travaux à la ferme vus par les yeux des 3 jeunes filles. Curer les fossés, tailler les haies, labourer avec le tracteur, ramasser les oeufs, faire entrer et sortir les poules, traire les vaches, s’occuper de la truie qui est sur le point de mettre bas etc.

Ce récit est à la fois historique (2ème guerre mondiale), géographique (paysages de l’Angleterre), sociologique (ville-campagne, jeunes/vieux, éduqués-non-éduqués), humoristique (comment garder son vernis à ongles quand on doit s’occuper d’une truie), sentimental (les histoires d’amour rêvées).
Très anglais aussi au sens où jamais ces jeunes filles ne se plaignent : tout au plus sont-elles fatiguées mais elles savent pourquoi elles sont là et travaillent d’arrache-pied.

Le livre avait commencé avec deux vieilles dames dans un restaurant de Hyde Park qui attendent la troisième dont on comprend tout à la fin du livre qu’elle ne viendra pas. Elles avaient instituée une habitude scrupuleuse depuis la fin de la guerre de se retrouver chaque année.

Les personnages sont si bien campés qu’on ne les perd pas de vue. Attachants aussi.


Prochaine Table littéraire le samedi 12 septembre 2015 où nous partagerons nos « Coups de cœur de l’été ».
Bel été à tous et très bonnes lectures.


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