Sixième solo

samedi 18 octobre 2014
par  Le webmestre
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Dans le noir total, un homme habillé en marié et tenant une lanterne entre sur scène avec un bouquet de roses à la main

Le début

Tenez ! Tenez ! Et tenez !
Et là encore ! Et encore là ! Et en voilà ! Et là ! Et là !
Et dans ce coin-ci, il y en a aussi !
Et de là ! Et d’ici !
Voyez-vous ça !
Et encore ici !
Mais c’est pas possible !

Mais si c’est possible ! Et d’ici, et encore, et pourquoi pas ! Bien sûr !

Pas ici ? Mais oui !

Et là, et là ! Et dans ce recoin ? Mais oui, bien sûr ! Et pourquoi pas ! Hein ! c’est vrai ? Pourquoi pas ? Il n’y en aurait pas ? Il y aurait bien des gens pour dire : « Tiens, mais pourquoi il n’y en a pas ici ? »

Eh ! mais oui, mais justement, tiens, ça tombe bien, eh bien il y en a !

Et là aussi !

Personne n’est venu depuis combien de temps ici pour enlever ça ?

Il faut l’enlever.

Les gens s’imaginent peut-être que c’est moi qui vais l’enlever !

Mais alors il ferait beau voir !

Tiens, il y en a encore un petit morceau, ici !

Et là !

Non, mais alors là ! C’est quoi ? Ça c’en est ? Oui c’en est !

Oh ! et puis des tout-petits aussi !

Ah ! ben ça il faut que je le dise aussi, qu’il y en a des tout-petits !

C’est un nid ! Là ! Un nid !

C’est un nid !

Je suis tombé sur un nid !

Eh oh ! eh ! oh ! Un nid !

Faudrait des crochets spéciaux pour aller dans ces recoins-là !

Il faudrait demander si quelqu’un n’a pas des crochets spéciaux !

Quelqu’un a-t-il des crochets spéciaux pour aller dans ces recoins-là ?

Parce qu’il y en a plein, dans là-dedans !

Et là ! Bon !

Ouf ! Ouffie !

Si je commence à m’occuper de ces nids ! Parce que c’est des nids !

Alors on est beau !

Peut-être il faudrait du pétrole !

J’aurais dû apporter du pétrole !

Beaucoup plus tard l’homme raconte l’histoire de la veste bleue :

Un matin, tiens, le pousseur-freineur, il m’avait emprunté ma veste, bon, j’avais qu’un veste ! Il voulait pas la rendre, bon, c’est l’ennui des pousseurs-freineurs ! Ils sont gentils, mais ils font des fixations sur les habits des gens, c’est comme ça, et donc, bon, moi, du temps qu’il était en train de prendre sa douche ! Parce que les pousseurs-freineurs sont propres ! Eh oui ! ils sont derrière, dans la bête à quatre, donc, ils se prennent toute la saleté pendant tout le voyage et ils sont donc obligés de se laver deux fois plus que les autres ! Et donc, il prenait sa douche mais dans le hall de l’hôtel, à un endroit spécial pour la douche, et moi j’en profite pour l’enfermer dans la douche à double-tour et je vais dans sa chambre et je lui repique ma veste pour-dans l’idée de la porter au pressing ! Et lui il s’aperçoit que je l’ai enfermé dans la douche et il se met à taper contre la porte, au secours, au secours, bon genre, pour rire ! Moi, je descends l’escalier de l’hôtel, j’entends un ramdam de tous les diables... Des gens qui courent dans l’escalier, et je me retrouve nez à nez avec un policier qui avait un revolver à la main. Il me prend par le bras : « Je vous arrête ! »

Oh la la, oh la la

Je le suis !

- Qu’est-ce que c’est cette veste bleue ?

Oh ! putain, les pousseurs-freineurs, c’est quelque chose ! Tu vois pas qu’il avait averti la police déjà !

Bon ! On descend un étage de plus, et l’autre avec le revolver il me tenait le bras ! « - Avancez ! » On arrive dans la rue et je vois tout un attroupement, devant l’hôtel, avec la vieille avec la perruque et d’autres policiers et des passants ! Et ils se mettent à crier : « C’est lui, c’est lui ! »

C’était moi, effectivement, c’était moi.

- Qu’est-ce que c’est ?

- La veste bleue !

- La veste bleue !!!

J’y comprenais rien !

J’ai dit : « Mais je comprends pas, j’ai rien fait, je sors de l’hôtel ! »

- Non non, c’est lui !

- Il faut demander à la vieille !

Finalement au bout d’un demi-moment, je commence à comprendre qu’un type, avec une veste bleue, venait de voler un sac à main à une vieille et était parti en courant, avait disparu, était peut-être entré dans cet hôtel et que le policier avec le revolver pensait que c’était moi !

- Mais attendez, attendez, j’étais dans ma chambre ! Cette veste c’est celle de mon pousseur-freineur qui est enfermé dans la douche !

Bon, c’était compliqué à expliquer !

Parce que j’imaginais sa tête si je lui ouvrais la porte de la douche avec un flic et un revolver ! Sûr il aurait nier ! Ça j’étais sûr qu’il aurait nié ! C’était le genre !

Bref, la police elle dit : « De toute façon, la voilà, la mémé, elle va dire si elle vous reconnaît ! »

- Oh pétard !

Je vois arriver une vieille au bras d’un flic... Mais toute courbée avec des lunettes genre cul de bouteille, toute voûtée, presque gâteuse ! qui s’approche de moi !

- Alors vous le reconnaissez ?

Et cet instant, cet instant ! Où moi, innocent, cloué ! Dans la rue, devant tout le monde, mon sort était suspendu à l’entendement d’une vieille folle !

Une éternité ça a duré !

Elle m’inspectait, presque me sentait ! A l’odeur !

Et puis :

- Non, c’est pas lui !

- Oh ! putain, merci, merci mémé !

Tenez, prenez ma carte, je m’appelle Yorrick ! Si vous passez par ici, vous avez qu’à me demander ! J’habite un caveau d’une seule place mais on pourra se serrer, je jouerai avec vos lunettes ! Pour faire des petites guirlandes, mémé !

Brave, brave mémé !

Le pousseur-freineur continuait à taper !

- Oh ! merde, cette porte de douche !

Je suis remonté, je lui ai ouvert, et je lui ai donné ma veste !

Grand seigneur, magnanime !

Vrai prestation de deuxième pousseur !

Classe !

(C’est moi qui écris, autant me donner le beau rôle !)

A la fin :

Il faudrait avoir la joie de revenir dans un endroit qu’on a aimé, sans jamais en être parti !

Il faudrait pouvoir se rencontrer soi-même pour se remercier !

Il faudrait s’offrir une cigarette avec gentillesse et ne pas pouvoir se la refuser sous peine de se fâcher !

Il faudrait faire tant de choses !

Il faudrait faire du théâtre avec un pantalon à rayures et une jaquette grise !

Il faudrait choisir une musique qu’on pourrait appeler adéquate sans que quiconque est l’envie de vous contredire !

Il faudrait se mettre à danser sur cette musique alors qu’on a jamais fait d’étude de danse !

Il faudrait rattraper le retard pour finir par arriver en avance...

Tellement en avance qu’on arriverait à se dépasser !

Il faudrait savoir qu’un jour il serait possible qu’on y arrive pas !

Mais il faudrait savoir aussi que, tout en essayant sans arrêt de se dépasser, il faudrait devenir tellement faible qu’il deviendra de plus en plus possible de se dépasser !

Il faudrait atteindre la faiblesse indépassable !

L’ingénument de l’innocence !

Le sourire.

Il faudrait sourire !

Il faudrait rire dessous !

J’ai appris cela au Mexique, il y a quelques années, dans une maison close, avec un jardin intérieur, une fontaine, et un air qui venait d’un kiosque, au loin !

C’est ce que j’ai appris !

Je dansais dans les rues ! Comme un feu follet ! Dans les cimetières, sur les collines en pente, au bord de la mer !

Comme dans le Sud !

Ou bien même seul !

La nuit !

Lorsque même les embruns dorment !

Feu follet !

Fuego Loco !

Ce qui nous reste !

Après nous être endormi !

© Serge Valletti
http://serge.valletti.pagesperso-orange.fr/ch37sixiemesolo.html


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