COMPTE RENDU TABLE LITTERAIRE 14 JANVIER 2017

THEME : LECTURES EN LIBERTE
lundi 23 janvier 2017
par  Le webmestre
popularité : 48%

1984
George ORWELL

Gallimard 1950
Traduit de l’anglais (GB) (Nineteen Eighty-Four) par Amélie Audiberti

Proposé par Sabine

George Orwell a écrit ce livre communément considéré comme une référence du roman d’anticipation, de la science-fiction en général. Publié en anglais en 1949, le titre serait l’inversion de sa date de rédaction : 1948. Il avait longtemps hésité avec un autre titre : Le Dernier homme en Europe, plus proche du message philosophique de l’oeuvre. Sans mémoire, sans amour, sans justice, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Il a été rédigé dans les dernières années de sa vie, alors que l’auteur est atteint de tuberculose.

Le personnage principal de 1984, Winston Smith, vit en Océania, un ensemble de pays dominé par une idéologie, l’AngSoc (Socialisme Anglais). La finalité de l’AngSoc, déguisé comme dans toutes les utopies en Bien commun et religion du Progrès, est d’une simplicité brutale : le pouvoir pour le pouvoir. Y rester à tout prix, quitte à tout liquider, même la personne humaine mais seulement après avoir nettoyé son esprit, l’avoir reformatée conformément aux principes de l’AngSoc.
Ce livre est surtout connu pour deux de ses terrifiantes anticipations dignes des systèmes totalitaires.... D’abord, la société de surveillance généralisée dont on peut dire qu’elle est aujourd’hui advenue : écoutes téléphoniques hors de contrôle, profilage numérique, déclenchement de webcams à distance, télésurveillance, transparence à outrance. « Ce fut la fin de la vie privée » : nous y sommes. Ensuite la novlangue, dont le but assumé, via la dénaturation et la destruction fanatique du vocabulaire, est de rendre impossible le crime par la pensée car « il n’y aura plus de mot pour le dire ». Supprimer le mot, la chose disparaîtra.

Sabine avait envie de lire ce livre dont il a été récemment beaucoup question en référence au livre de Boualem Sansal « 2084  ».

Comment cuisiner son mari à l’africaine
Calixthe BEYALA

Albin Michel 2000

Proposé par Sabine

Un petit roman pas comme les autres. Mademoiselle Aïssatou, parisienne pure black entre Bastille et Belleville, a des ennuis dans la vie. Tous les hommes sont des cochons, les femmes blanches des planches à pain, mais Monsieur Samedi, son tout proche voisin, est pourtant un homme qu’elle aimerait bien séduire. En dépit de Mademoiselle Bijou dont il s’occupe vraiment trop et de sa vieille maman, omniprésente dans sa vie. Mademoiselle Aïssatou, pour le conquérir, va l’avoir par le ventre, grâce à ses incomparables recettes de cuisine héritées des conseils avisés de sa mère, qui en sait long sur la manière de garder les hommes. Et la voilà, entre deux confidences à Monsieur Eric, son meilleur ami blanc, ou deux visites au Marabout du coin, qui va faire son marché et s’atteler à ses fourneaux pour mitonner au bel indifférent des petits plats. Au début ils sont simplissimes, mais ils vont aller crescendo dans la saveur et le raffinement. Au point que Monsieur Samedi, le jour où sa mère aura passé de vie à trépas, ne pourra plus résister.

Sabine a trouvé ce livre, parsemé de recettes, très léger et très drôle.

Un bateau pour l’enfer
Gilbert SINOUE

Le Livre de Poche 2006

Proposé par Marie

13 mai 1939. A Hambourg, le SS Saint-Louis, paquebot battant pavillon nazi, largue les amarres. A son bord, 937 passagers, dont 550 femmes et enfants. Tous sont des Juifs allemands. Tous sont munis de visas. Destination : La Havane.
C’est à Cuba que les exilés espèrent séjourner, en attendant que leur soit accordé le droit d’entrée aux États-Unis.
Alors que le bateau est à la veille de pénétrer dans les eaux territoriales cubaines, Gustav Schröder, capitaine du Saint-Louis, reçoit un câble expédié par le gouvernement de La Havane qui exige qu’il fasse demi-tour et ramène sa " cargaison " à Hambourg.

Schröder sait le destin tragique qui attend ses passagers s’ils rentrent en Allemagne. Il décide de passer outre et prend contact avec les gouvernements du monde dit libre en leur demandant d’accueillir ses passagers. Les Etats-Unis, le Canada et toutes les nations d’Amérique latine refusent. C’est ainsi que commence l’effroyable errance du Saint-Louis.

Marie a aimé cette histoire vraie, rédigée à partir de documents d’archives et de confidences de survivants.

Un papa de sang
Jean HATZFELD

Gallimard 2015

Proposé par Marie

Jean Hatzfeld revient sur les collines de Nyamata, au bord de ses marais, vingt ans après le génocide. Il donne la parole ici non plus aux tueurs et aux rescapés dont les récits peuplaient ses précédents livres, mais à leurs enfants. Ils n’ont pas connu les machettes, mais ont grandi dans leur souvenir. Ils sont lycéens, couturiers ou agriculteurs. Ils partagent le génocide en héritage, mais pas du tout la même histoire familiale. Dans ces familles décimées, certains ont grandi dans le silence et le mensonge. D’autres ont été confrontés aux troubles de comportement de leurs parents. Ils ne parviennent jamais à parler des fantômes qui ont hanté leur enfance. Leurs récits à la première personne se mêlent aux chroniques de la vie de tous les jours.

Marie a été frappée par le silence de cette deuxième génération, tant du côté des enfants des victimes que de celui des génocidaires.

Un million de révolutions tranquilles
Bénédicte MANIER

Les Liens qui libèrent 2016

Proposé par Marie

Lasse d’entendre qu’aucune alternative n’était possible au libéralisme économique, Bénédicte Manier, journaliste, a pris son bâton de pèlerin et sillonné la planète. Les fruits de son périple sont exaltants ! Il existe bien de par le monde des citoyens qui ont mis en place d’autres manières de consommer, de commercer, d’échanger, de cultiver, de vivre... qui se sont affranchis du modèle consumériste, créant parfois leur propre monnaie, leurs banques, gérant eux-mêmes leur approvisionnement en eau et en énergies, reverdissant le désert ou organisant de nouvelles façons de travailler ensemble. Ces multiples initiatives, l’auteur les décrit. Il n y a que des citoyens ordinaires mais animés d’une volonté extraordinaire qui tentent de répondre aux problèmes qui leur sont posés localement (manque d’eau, de nourriture ou de logements, terres polluées...). En Inde, en Afrique, aux États-Unis, en Europe, ce livre dessine ainsi les frontières de cet "autre monde possible".

Marie a aimé le retour de l’auteure en 2016 sur tous les projets évoqués dans la première édition publiée en 2012 pour en suivre la progression et en examiner de nouveaux. Un livre qui se situe dans la veine du film « Demain ».

Pars avec lui
Agnès LEDIG

Pocket 2016

Proposé par Claire

C’est l’histoire d’un pompier professionnel, Roméo qui arrive à l’hôpital après une chute de huit étages, amortie par un arbre. Juliette, elle, est infirmière. Elle aime son métier et se donne sans compter. Mais est malheureuse dans son mariage. Ces deux-là vont se rencontrer. Leur histoire ne sera pas simple mais pourra s’écrire, à force d’efforts.

Claire a aimé cette lecture très divertissante.

Americanah
Chimamanda Ngozi ADICHIE

Gallimard 2015
Traduit de l’anglais (Nigeria) « Americanah » par Anne Damour

Proposé par Edouard

C’est l’histoire d’une jeune fille de Lagos, Ifemelu, issue d’une famille d’universitaires, qui a un amoureux, amoureux fou des Etats-Unis. Elle a une occasion de partir à Philadelphie chez une tante pour y poursuivre ses études. Elle y prend conscience de la couleur de sa peau. A la suite d’un événement douloureux, elle rompt ses relations à distance avec son amoureux et va rencontrer d’autres hommes. Elle commence à rédiger un blog dans lequel elle publie les constats qu’elle fait, les comparaisons entre les Etats-Unis et le Nigeria. Ce blog prendra de plus en plus d’importance et sera largement suivi. Au bout de quinze ans, elle décide de rentrer au Nigeria, pays dans lequel elle ne se retrouve plus non plus.

Edouard aime ce renouveau de la littérature africaine féminine anglophone. A signaler aussi un peu dans cette veine,Tayie SELASI, d’origine nigériane et ghanéenne.

Le dernier Lapon
Olivier TRUC

Points 2013

Proposé par Edouard

L’hiver est froid et dur en Laponie. À Kautokeino, un grand village sami au milieu de la toundra, au centre culturel, on se prépare à montrer un tambour de chaman que vient de donner un scientifique français, compagnon de Paul-Emile Victor. C’est un événement dans le village. Dans la nuit le tambour est volé. On soupçonne les fondamentalistes protestants laestadiens : ils ont dans le passé détruit de nombreux tambours pour combattre le paganisme. Puis on pense que ce sont les indépendantistes sami qui ont fait le coup pour faire parler d’eux.

La mort d’un éleveur de rennes n’arrange rien à l’affaire. Deux enquêteurs de la police des rennes, Klemet Nango le Lapon et son équipière Nina Nansen, fraîche émoulue de l’école de police, sont persuadés que les deux affaires sont liées. Mais à Kautokeino on n’aime pas remuer les vieilles histoires et ils sont renvoyés à leurs courses sur leurs scooters des neiges à travers l’immensité glacée de la Laponie, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes dont les troupeaux se mélangent. Au cours de l’enquête sur le meurtre Nina est fascinée par la beauté sauvage d’Aslak, qui vit comme ses ancêtres et connaît parfaitement ce monde sauvage et blanc.

Que s’est-il passé en 1939 au cours de l’expédition de P-E. Victor, pourquoi, avant de disparaître, l’un des guides leur a-t-il donné ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks, ces chants traditionnels que chante le sympathique vieil oncle de Klemet pour sa jeune fiancée chinoise ? Que dissimule la tendre Berit malmenée depuis cinquante ans par le pasteur et ses employeurs ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et a l’air de bien connaître la géologie du coin ?

Edouard a aimé ce polar bardé de prix, écrit par un auteur qui connaît bien la région dont il parle et dans lequel l’enquête policière n’est qu’un prétexte, dans la veine de Tony Hillermann au pays Navajo.

Le quatrième mur
Sorj CHALANDON

Grasset 2013

Proposé par Marie-Anne

Nous sommes à Paris dans les années 80 où un jeune homme fait du théâtre et écrit. Il a « fait » Mai 68, puis s’est marié et a une petite fille. Il rencontre Samuel, auteur de théâtre, grec et juif qui veut monter « Antigone » à Beyrouth. Pour chacun des rôles, il cherche un non-comédien issu de chaque ethnie ou religion coexistant au Liban. Entre-temps, Samuel tombe gravement malade et demande au personnage principal du livre de reprendre son projet et de le mener à bien.
Au bout de quelques mois, on retrouvera un homme transformé qui a appris beaucoup de choses et qui retrouve avec grande difficulté sa vie après avoir vécu des scènes très marquantes.

Marie-Anne a trouvé le livre fort mais a moins apprécié le comportement du « héros ».

La Terre qui penche
Carole MARTINEZ

Gallimard 2015

Proposé par Christiane

Nous sommes en 1361, 10 ans après la peste, dans la vallée de la Loue, en Franche-Comté. Blanche a 12 ans et elle est morte. Le récit va alterner entre la vie de Blanche figée dans ses 12 ans et la Vieille Ame, la même, vieillie. Blanche est la fille d’un seigneur local. Elle est destinée au fils d’un seigneur voisin, Aymon, simplet, très gentil, très libre. Elle est amenée par son père à travers la forêt et découvre une douceur de vivre et une tendresse dans sa nouvelle demeure. Blanche a un but : savoir écrire son nom. Elle va apprendre à lire et écrire. La Loue occupe une place prépondérante dans ce livre, alternativement bonne et cruelle.

Carole Martinez use de nombreuses métaphores de couture : tisser, recoudre, trame, déchirure, parements etc. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve

Christiane a aimé la langue à la fois poétique, précieuse, courtoise, sensuelle.

Le monde est mon langage
Alain MABANCKOU

Grasset 2016

Proposé par Arlette

Cet essai est un voyage dans le monde francophone et chaque chapitre porte l’intitulé d’une ville. Chacune d’entre elles est le théâtre d’une rencontre avec un écrivain, d’une conférence, d’un salon du livre, d’une émission, de l’écriture d’une préface à la publication d’une œuvre, de la lettre réponse à un lecteur ou à un apprenti auteur etc. Le récit se déroule sur 3 continents à l’image de la vie d’Alain Mabanckou, entre Afrique, Europe et Amérique où il travaille. Il se concentre essentiellement non pas sur les méfaits de la colonisation, tâche dont se sont acquittés de grands anciens mais sur la formidable richesse qu’il y a à posséder sa langue maternelle et le français en plus.

Arlette a aimé l’intelligence très fine du propos et la découverte d’un nombre impressionnant d’auteurs peu ou mal connus.

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part
Anna GAVALDA

J’ai lu 2001

Proposé par Marie-Anne

Marie-Anne « rattrape » un thème précédent (Lecture à haute voix d’un extrait de texte) en lisant un extrait de ce recueil de nouvelles. Il s’y passe peu de choses dans ces vies, rien d’exceptionnel, un peu la vie comme elle est, avec ses joies et ses peines ordinaires.

Dans l’extrait choisi, une femme est là dans un parc, seule ; elle voit les autres ensemble, se demande pourquoi eux sont heureux et pas elle ; elle se demande quand elle aussi aura droit au bonheur. Cet épisode est tout à la fois cocasse parce que distancié et très émouvant dans ce qu’il dit de la solitude.

La séance se termine sous les applaudissements des dix participants !

Prochaine Table littéraire : Samedi 4 février 2017 Thème retenu : « Lectures libres »


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