COMPTE RENDU TABLE LITTERAIRE 19 NOVEMBRE 2016

THEME : LA MYTHOLOGIE DANS LE ROMAN CONTEMPORAIN
lundi 28 novembre 2016
par  Le webmestre
popularité : 16%

Prochaine Table littéraire : Samedi 10 décembre 2016
Thème retenu : « Lecture à haute voix d’un très court texte (prose, poésie, théâtre, etc.) qui nous tient à cœur. Puis discussion. »

Juliette, une nouvelle participante à la Table littéraire, comédienne, monte un spectacle en ce moment sur le thème d’Antigone dans lequel elle jouera le rôle d’Ismène, sœur d’Antigone. A partir de l’ « Antigone » de Henry Bauchau, poète, dramaturge, romancier et psychanalyste belge mort en 2012 et de « Ismène » de Yannis Ritsos, grand poète grec mort en 1990.

La mythologie reste très présente aujourd’hui chez nombre d’auteurs, on évoque Jean Anouilh, dont la pièce « Antigone » écrite entre 1941 et 1942 comme un acte de résistance, est pour la première fois mise en scène en 1944.

Roland Barthes dans « Mythologies » y décrit des mythes tels que Greta Garbo, la Citroen DS, le vin. Il analyse également le phénomène même du mythe et ce qui est présent dans l’esprit des gens. C’est le fonctionnement d’un récit pour expliciter ce qui pose problème.

La mythologie existe pour expliquer l’aujourd’hui et l’intemporalité des thèmes. « L’Iphigénie en Tauride » de Johann von Goethe donnée très récemment au TNS est d’une actualité brûlante, Iphigénie s’opposant au roi Thoas en voulant faire lever l’interdiction faite aux étrangers de fouler le sol de l’île.

Reprendre le thème de Judas qui date de 2000 ans relève-t’il de la mythologie ? Le dernier livre de l’écrivain israélien Amos Oz « Judas » qui porte sur la figure du traître relève quasiment de la mythologie. Judas serait, selon l’auteur, le premier chrétien pour avoir voulu de toutes ses forces croire à l’immortalité de Jésus.

Henry Bauchau a écrit entre autres deux livres « Œdipe sur la route » et « Antigone », il s’agit de deux romans dans lesquels il a pris beaucoup de liberté. Ce roman parle à la 1ère personne. Antigone fille d’Œdipe et de Jocaste a deux frères engagés dans une lutte fratricide Polynice et Etéocle et une sœur Ismène. Elle pose la question du comment on prend parti. Son oncle Créon avait interdit de donner une sépulture à son frère et elle va combattre son oncle jusqu’à la mort. C’est une figure quasi révolutionnaire.

Comment cette fable devient-elle contemporaine ? Sont alors évoquées ces femmes qui en Argentine « les folles de la Place de Mai » défilaient pour qu’on leur rende les corps de leurs disparus. Et ces femmes qui en Italie demandent que les corps des migrants disparus en Méditerranée aient une sépulture ou soient rendus à leurs familles. A ce sujet, une femme qui dit non est taxée de folle. Un homme qui dit non est, lui, considéré comme un héros.

Le grand écrivain australien David Malouf se rappelle que, en 1943, alors qu’il n’a que 8 ans dans un pays en guerre et écoute son institutrice leur lire « l’Iliade » dans la ville de Brisbane, QG du Général MacArthur qui prépare la campagne du Pacifique, et en reste « anéanti » par la proximité des deux affrontements. Il n’a cessé de reprendre ce thème notamment dans « Une rançon ». Le roi Priam, très âgé ne peut supporter qu’Achille qui a tué son fils Hector ne veuille pas lui rendre le corps de son fils afin que les honneurs funéraires lui soient rendus. Il va tenter une chose inédite qui consiste à aller lui-même contre l’avis de toute sa famille et de sa cour dans une charrette tirée par deux mules chargée d’un trésor qu’il pense échanger contre le corps de son fils. Et qui rentrera dans Troie avec le corps d’Hector, preuve que quelque chose qui n’avait pas été fait auparavant peut être tenté et réussir, sans pour autant s’abaisser.

Dire aussi qu’au travers toutes ces histoires, donner une sépulture aux morts est une constante de l’humanité, quelle que soit son origine et la période de l’histoire.

Le personnage d’ « Ismène » chez Yannis Ritsos est celui d’une femme vieillissante, debout devant le miroir de la guerre civile, qui se souvient et tente un ultime plaidoyer en faveur de l’existence et s’élève contre la rigidité de sa sœur Antigone. Elle était la petite sœur, abandonnée par son aînée qui part accompagner son père Œdipe dans son errance. C’est un long et magnifique poème dramatique commencé en 1966 et achevé en 1971. Oui il y a eu Antigone et sa force d’héroïne. Et puis il y a eu moi. Ils sont tous morts et moi, Ismène je suis toujours là. Qu’est-ce que vivre ? Elle oppose l’héroïsme grandiloquent d’Antigone à sa propre vie. Il y a aussi de l’héroïsme dans le fait de vivre, de choisir le parti de la vie. C’est une magnifique ode à la vie. Et pose au fond la question : et s’il y avait deux engagements possibles ?

Est alors posée la question : les Grecs ont-ils cru à leur mythologie ? Sans doute oui parce que c’est une explication du monde. Face à l’inquiétude de l’homme devant la nature, la vie et la mort. Les hommes ont toujours besoin de se raconter une histoire par le biais des relations avec les dieux, les demi-dieux, les héros, etc.

En 2016, quels sont nos mythes ? Y a-t-il des mythes aujourd’hui ? Peut-on établir un parallèle avec les contes ? Ceux de Bruno Bettelheim par exemple dans « Psychanalyse des contes de fées ». Qu’est-ce qu’un conte ? Bruno Bettelheim, pédopsychiatre, y voit un rite de passage entre l’univers de l’enfance et le monde des parents. Le conte aide les enfants à donner du sens à leur vie : il formule à sa façon ce qui, du monde des adultes, leur échappe et les intrigue par la simplicité des situations et des personnages (bon/méchant, enfant/parent, héros/ennemi...).

Les séries télévisées notamment américaines telles que « Hunger Games » sont remplies de références de l’ordre du mythologique. « Trônes de fer » écrit une mythologie nouvelle. Un mythe serait un récit fondateur. Un récit qui tend à expliquer quelque chose.

Si tous les mythes du monde ont recours à des thèmes fondamentaux, les fins de récit peuvent se transformer en fonction du lieu géographique où ils évoluent. La mythologie viking en est un exemple.

Dans son livre « La communauté désœuvrée » Jean-Luc Nancy aborde la question de la communauté humaine, vieux rêve d’une humanité déchirée, en ces termes : « Rien n’est plus commun aux membres d’une communauté, en principe, qu’un mythe, ou un ensemble de mythes. Le mythe et la communauté se définissent au moins en partie – mais c’est peut-être en totalité – l’un par l’autre, et la réflexion sur la communauté appelait à être poursuivie du point de vue du mythe. »

L’être humain se différencie de l’animal par la narration. Il est « L’espèce fabulatrice » de Nancy Huston. Oui, l’être humain se construit par et dans la transmission de contes, d’épopées, de visions du futur, du passé, de récits fondateurs et mythiques. L’humain est en quête de sens pour l’aider à faire face à sa conscience d’être mortel.

Ce sont donc 10 participants qui autour de la table ont échangé de façon large et avec bonheur sur ce thème.

Pour aller un peu plus loin :

Antigone Sophocle (aux alentours de 443 av. J.C.) traduit du grec par Paul Mazon, revu par Jean Irigoin Le Théâtre de Poche n° 6909 1991

Antigone Henry BAUCHAU Actes Sud 1997

Œdipe sur la route Henry BAUCHAU Actes Sud 1990

Ismène Yannis RITSOS traduit du grec par Dominique Grandmont Gallimard 1973

Antigone Jean ANOUILH Editions de la Table ronde 1946

Mythologies Roland BARTHES Seuil 1957
Iphigénie en Tauride Johann Wolfgang von GOETHE (Iphigenie auf Tauris) traduit de l’allemand par Bernard Chartreux et Eberhard Spreng L’Arche Editeur 2016
Judas
Amos OZ traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen Gallimard 2016
Une rançon David MALOUF (Ransom) traduit de l’anglais (Australie) par Nadine Gassie Albin Michel 2013
Psychanalyse des contes de fées Bruno BETTELHEIM (The uses of enchantment) traduit de l’anglais (US) par Théo Carlier Robert Laffont 1976
La communauté désœuvrée Jean Luc NANCY Christian Bourgois 1986
L’espèce fabulatrice Nancy HUSTON Actes Sud 2008


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